Blessure sportive et mental : accepter, s’adapter, rebondir
On parle souvent du mental comme si tout pouvait être contrôlé. Avec assez de volonté, on passerait au-dessus de tout.
La vérité est différente. Une blessure, un forfait la veille d’une échéance, un corps qui ne suit plus : dans ces moments-là, le discours du « mental d’acier » peut même devenir une pression de plus.
Dans cet article, je vous explique ce que le mental peut faire face à une blessure, ce qu’il ne peut pas faire, et comment traverser cette période sans perdre pied.
Préparé, prêt… et le corps dit non
Parfois, on travaille. On se prépare. On est prêt. Et malgré tout, le corps dit non.
Je l’ai vécu au squash : une préparation complète, et un match auquel j’ai dû renoncer à cause d’une blessure.
Ce jour-là, aucune technique mentale ne pouvait changer la situation. Le mental ne sert pas à tout maîtriser. Il sert aussi à accepter. À s’adapter. À recommencer. C’est souvent là que commence le vrai travail.
Ce que la blessure déclenche dans la tête
Ce n’est pas la blessure seule qui compte, c’est la façon de la lire
Le modèle intégré de réponse à la blessure sportive (Wiese-Bjornstal, Smith, Shaffer & Morrey, 1998) décrit un enchaînement. D’abord, le sportif évalue sa blessure : sa gravité, sa capacité à y faire face, ce qu’elle représente pour lui. Cette évaluation influence ses émotions : frustration, colère, tristesse, peur. Elle influence ensuite ses comportements : suivre sa rééducation, s’isoler, ou forcer trop tôt.
Selon ce modèle, des facteurs personnels et liés à la situation pèsent sur cette évaluation. C’est une bonne nouvelle : l’entorse ne dépend pas de vous, mais la lecture que vous en faites peut, en partie, se travailler.
01
La blessure
Les faits : ce qui s’est passé, la durée d’arrêt annoncée.
02
Ma lecture de la situation
Quelle gravité ? Suis-je capable d’y faire face ? Qu’est-ce que ça représente pour moi ?
Influencée par des facteurs personnels et liés à la situation.
03
Mes émotions
Frustration, colère, tristesse, peur.
04
Mes comportements
Suivre sa rééducation, s’isoler, ou forcer trop tôt.
La blessure ne dépend pas de vous. La lecture que vous en faites peut, en partie, se travailler.
Schéma simplifié d’après le modèle intégré de réponse à la blessure sportive (Wiese-Bjornstal et al., 1998).
Quand le sport occupe toute la place
Les chercheurs appellent « identité athlétique » le degré auquel une personne se définit comme sportive (Brewer, Van Raalte & Linder, 1993). Le titre de leur article résume l’enjeu : cette identité est à la fois une force et un talon d’Achille.
Une identité très centrée sur le sport aide à s’engager pleinement. Mais quand le sport s’arrête, même quelques semaines, elle peut laisser un grand vide. D’où l’importance d’exister aussi en dehors du terrain.
Accepter, ce n’est pas se résigner
Les approches fondées sur l’acceptation proposent de reconnaître la réalité et les émotions qui l’accompagnent, plutôt que de lutter contre elles, puis de s’engager dans des actions utiles (Gardner & Moore, 2004).
Appliqué à la blessure, cela donne : « Je ne jouerai pas ce tournoi. Je suis en colère, et c’est normal. Maintenant, qu’est-ce qui dépend de moi ? »
Ce que le mental ne remplace pas
Le préparateur mental travaille aux côtés de l’équipe médicale, jamais à sa place. Le diagnostic, les soins et le calendrier de reprise relèvent du médecin et du kinésithérapeute.
Si la détresse s’installe, avec une tristesse qui dure, un isolement ou un sommeil perturbé, un psychologue est l’interlocuteur adapté.
Trois situations types
Ces exemples sont des situations types, pas des cas réels.
- Le forfait de dernière minute. Des mois de préparation pour un tournoi, et une douleur la veille. Colère, sentiment d’injustice, envie de jouer quand même. Le travail : accueillir la frustration, prendre la bonne décision avec le médecin, puis replanifier.
- La blessure longue. Plusieurs mois d’arrêt. La peur de perdre sa place, le sentiment d’être inutile pour l’équipe. Le travail : garder un rôle dans le groupe, se fixer des objectifs de rééducation, rester en lien avec ses coéquipiers.
- Le retour au jeu. Le médecin a donné son feu vert, mais la tête hésite. La peur de se refaire mal freine les appuis. Le travail : reprendre confiance par étapes, en accord avec le staff médical.
Trois outils pour traverser une blessure
Outil 1 : séparer les faits, les interprétations et les actions
Quand la blessure arrive, tout se mélange. Ce tableau aide à y voir clair, ici avec un exemple :
| Les faits | Mon interprétation | Ce qui dépend de moi |
|---|---|---|
| Entorse de la cheville, quatre semaines d’arrêt annoncées | « Ma saison est fichue » | Suivre la rééducation, entretenir ce que le kiné autorise, préparer la reprise |
Relisez ensuite la colonne du milieu. Est-ce un fait, ou une peur ?
Outil 2 : des objectifs de rééducation, pas seulement une date de retour
La date de reprise ne dépend pas entièrement de vous. Vos objectifs quotidiens, si.
Fixez avec votre kinésithérapeute des objectifs de processus pour chaque semaine : exercices réalisés, amplitude retrouvée, séances suivies. Notez-les et cochez-les. Chaque objectif atteint redonne un sentiment de progression, celui qui manque le plus quand on ne peut plus pratiquer.
Outil 3 : l’imagerie mentale pendant l’arrêt
Dans une étude qualitative, des athlètes blessés ont rapporté utiliser l’imagerie mentale pendant leur rééducation, notamment pour répéter leurs gestes, rester motivés et gérer la douleur (Driediger, Hall & Callow, 2006).
En pratique : cinq minutes, les yeux fermés, revivez un geste technique que vous maîtrisez, avec le plus de détails possible. Les sensations, les sons, le rythme. Si l’exercice ravive trop de frustration, arrêtez et parlez-en avec votre préparateur mental.
Conclusion : le vrai travail commence souvent là
Le mental ne contrôle pas tout. Il ne remplace ni le médecin, ni le temps de guérison. Mais il aide à traverser la période : accepter, s’adapter, recommencer.
C’est souvent là que commence le vrai travail. Et c’est souvent là qu’un sportif se découvre des ressources qu’il ne soupçonnait pas.
Si vous traversez une blessure et souhaitez être accompagné sur le plan mental, en complément de votre suivi médical, je propose un accompagnement en préparation mentale à Monaco, en présentiel ou à distance. La première séance est offerte : écrivez-moi via ma page Contact.
Respire. Rebondis. Brille.
Références
- Wiese-Bjornstal, D. M., Smith, A. M., Shaffer, S. M., & Morrey, M. A. (1998). An integrated model of response to sport injury: psychological and sociological dynamics. Journal of Applied Sport Psychology, 10(1), 46-69. Taylor & Francis
- Brewer, B. W., Van Raalte, J. L., & Linder, D. E. (1993). Athletic identity: Hercules’ muscles or Achilles heel? International Journal of Sport Psychology, 24, 237-254. APA PsycNet
- Gardner, F. L., & Moore, Z. E. (2004). A mindfulness-acceptance-commitment-based approach to athletic performance enhancement: theoretical considerations. Behavior Therapy, 35(4), 707-723. ScienceDirect
- Driediger, M., Hall, C., & Callow, N. (2006). Imagery use by injured athletes: a qualitative analysis. Journal of Sports Sciences, 24(3), 261-271. PubMed
