Perte de motivation chez le sportif : comment la retrouver durablement
Vous vous entraînez toujours, mais le cœur n’y est plus. Les séances qui vous faisaient vibrer deviennent une obligation. Et une question revient : « Est-ce que j’ai encore envie ? »
Cette situation touche les jeunes comme les sportifs confirmés. Face à elle, l’entourage réagit souvent de la même façon : il faut se remotiver, se secouer, « ne rien lâcher ».
Le problème, c’est que cette réponse traite le symptôme, pas la cause. Dans cet article, je vous explique pourquoi la motivation ne se décrète pas, ce qui se joue réellement dans la tête du sportif, et comment l’aider à retrouver ses propres raisons d’avancer.
Ce que je réponds quand un sportif me dit qu’il n’a plus envie
Quand un sportif me dit qu’il n’a plus la même motivation qu’avant, mon rôle n’est pas de lui dire : « Allez, il faut te remotiver. »
Parce que la motivation ne se décrète pas. Avant de chercher à la renforcer, il faut comprendre ce qui a changé. Je commence donc toujours par des questions :
- Qu’est-ce qui te donne encore envie de t’entraîner ?
- Qu’est-ce qui te procure encore du plaisir ?
- Qu’est-ce qui t’épuise ?
- Qu’est-ce que tu veux réellement aujourd’hui ?
- Et surtout : pourquoi continues-tu ?
Parfois, le travail mental ne consiste pas à remettre de la motivation là où il n’y en a plus. Il consiste d’abord à écouter, questionner et aider le sportif à retrouver ses propres raisons d’avancer.
Pourquoi on ne « remotive » pas quelqu’un
Toutes les motivations ne se valent pas
La théorie de l’autodétermination, développée par les psychologues Richard Ryan et Edward Deci, distingue plusieurs formes de motivation (Ryan & Deci, 2000). À une extrémité, la motivation intrinsèque : on pratique pour le plaisir, l’intérêt, le défi. À l’autre, l’amotivation : on ne voit plus pourquoi on le fait.
Entre les deux, il existe des motivations plus ou moins « contrôlées ». On s’entraîne pour éviter la culpabilité, pour ne pas décevoir, pour obtenir une récompense. Selon ces travaux, plus la motivation est choisie et reliée à ce qui compte pour la personne, plus elle est associée à la persévérance et au bien-être.
C’est là que le « Allez, remotive-toi ! » montre sa limite. La pression extérieure peut relancer l’effort quelques jours. Mais elle nourrit une motivation contrôlée, qui tient moins bien dans la durée.
Trois besoins qui entretiennent l’envie
La même théorie identifie trois besoins psychologiques fondamentaux. Quand ils sont nourris, la motivation se maintient. Quand l’un d’eux est frustré, elle s’érode.
- L’autonomie : sentir qu’on choisit, au moins en partie, ce que l’on fait.
- La compétence : sentir qu’on progresse et qu’on en est capable.
- L’appartenance : se sentir relié aux autres, coéquipiers, coach ou famille.
Une baisse de motivation est souvent le signal qu’un de ces besoins n’est plus satisfait. Les questions que je pose servent justement à trouver lequel.
01
Amotivation
« Je ne vois plus pourquoi je le fais. »
02
Motivation contrôlée
« Je m’entraîne pour ne pas culpabiliser, ne pas décevoir ou obtenir une récompense. »
03
Motivation choisie
« Je m’entraîne parce que ça compte pour moi : pour le plaisir, l’intérêt, le défi. »
Les 3 besoins qui entretiennent l’envie
Autonomie
Sentir qu’on choisit, au moins en partie, ce que l’on fait.
Compétence
Sentir qu’on progresse et qu’on en est capable.
Appartenance
Se sentir relié aux autres : coéquipiers, coach ou famille.
Plus la motivation est choisie, plus elle est associée à la persévérance et au bien-être. Quand l’un des 3 besoins est frustré, elle s’érode.
D’après la théorie de l’autodétermination (Ryan et Deci, 2000).
Pourquoi questionner fonctionne mieux que convaincre
L’entretien motivationnel, une approche développée par William Miller et Stephen Rollnick, repose sur une idée simple : les raisons de changer qu’une personne formule elle-même pèsent davantage que celles qu’on lui impose (Miller & Rollnick, 2013).
C’est pour cela que je ne cherche pas à convaincre. Je cherche à faire émerger ce que le sportif veut vraiment.
Quand la baisse de motivation cache autre chose
Une perte d’envie peut aussi être le signe d’un épuisement. Les chercheurs décrivent le burn-out sportif autour de trois dimensions : un épuisement physique et émotionnel, un sentiment d’accomplissement réduit et une dévalorisation du sport (Raedeke & Smith, 2001).
Une fatigue qui persiste malgré le repos peut aussi relever du syndrome de surentraînement, qui demande un avis médical (Meeusen et al., 2013).
Le préparateur mental n’est ni médecin ni psychologue. Si la démotivation s’accompagne d’une tristesse qui dure, de troubles du sommeil ou d’un épuisement persistant, la bonne démarche est de consulter un médecin ou un psychologue. Je le dis clairement aux sportifs que j’accompagne, et je les oriente si besoin.
Trois situations fréquentes
Les exemples ci-dessous sont des situations types, pas des cas réels. Ils montrent que la même phrase, « je n’ai plus envie », peut cacher des causes très différentes.
1. La jeune sportive à qui tout est imposé. Une nageuse de 16 ans enchaîne des séances décidées par d’autres : horaires, compétitions, objectifs. Elle n’a pas perdu le goût de nager. Elle a perdu le sentiment de choisir. Lui redonner une part de décision, un objectif qu’elle fixe ou une compétition qu’elle choisit, peut suffire à relancer l’envie.
2. L’athlète qui stagne. Un joueur confirmé ne progresse plus depuis une saison. Chaque match lui rappelle qu’il n’avance pas. Ici, c’est le besoin de compétence qui est frustré. Des objectifs de progression courts et mesurables lui permettent de revoir des progrès concrets.
3. Le sportif qui continue pour les autres. Il s’entraîne pour ne pas décevoir ses parents ou son club. Sa motivation est surtout contrôlée. Le travail consiste à l’aider à distinguer ses propres raisons de celles des autres. Parfois, il les retrouve. Parfois, il choisit de réduire son engagement ou de changer de projet. Ce n’est pas un échec : c’est une décision qui lui appartient.
Trois exercices pour retrouver ses propres raisons d’avancer
Exercice 1 : les cinq questions, par écrit
Prenez dix minutes au calme. Répondez par écrit aux cinq questions ci-dessus, sans vous censurer. Relisez vos réponses une semaine plus tard.
Ce qui revient, ce qui a changé, ce qui vous surprend : c’est là que se trouve la piste.
Exercice 2 : la carte de vos raisons
Listez toutes les raisons pour lesquelles vous pratiquez votre sport. Classez-les ensuite en deux colonnes, comme dans cet exemple :
| Pour moi | Pour les autres ou par obligation |
|---|---|
| J’aime la sensation après un bon match | Mes parents ont beaucoup investi |
| Je veux voir jusqu’où je peux progresser | Je ne veux pas décevoir mon coach |
L’objectif n’est pas de juger. Il est de voir l’équilibre. Si la colonne de droite domine, c’est une information précieuse.
Exercice 3 : l’échelle de 0 à 10
Cet exercice s’inspire de l’entretien motivationnel. Posez ces trois questions, dans cet ordre :
- « Sur une échelle de 0 à 10, à quel point est-ce important pour toi de continuer ? »
- « Pourquoi pas un chiffre plus bas ? »
- « Qu’est-ce qui te ferait gagner un point ? »
La deuxième question est la plus utile. Pour y répondre, le sportif doit formuler lui-même ce qui compte encore pour lui.
Conclusion : une motivation durable se construit sur le sens
Une motivation durable ne se construit pas en convainquant quelqu’un. Elle se construit lorsqu’il retrouve du sens dans ce qu’il fait.
Si vous êtes sportif, parent ou entraîneur et que cette situation vous parle, commencez par les questions. Écoutez les réponses avant de chercher des solutions.
Si vous souhaitez être accompagné, je propose un accompagnement en préparation mentale à Monaco, en présentiel ou à distance. La première séance est offerte : écrivez-moi via ma page Contact.
Respire. Rebondis. Brille.
Références
- Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2000). Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. American Psychologist, 55(1), 68-78. PubMed
- Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). Motivational Interviewing: Helping People Change (3e éd.). Guilford Press.
- Raedeke, T. D., & Smith, A. L. (2001). Development and preliminary validation of an athlete burnout measure. Journal of Sport and Exercise Psychology, 23(4), 281-306. Human Kinetics
- Meeusen, R., et al. (2013). Prevention, diagnosis, and treatment of the overtraining syndrome: joint consensus statement of the ECSS and the ACSM. Medicine & Science in Sports & Exercise, 45(1), 186-205.
